Une logique de défiance constructive : présupposer la compromission
L’un des fondements essentiels du modèle Zero Trust est de partir du principe que la compromission est non seulement possible, mais probable. Cette posture réaliste s’oppose à la naïveté des approches classiques qui considéraient qu’un périmètre sécurisé garantissait la confiance à l’intérieur.
Présupposer la compromission, c’est accepter qu’aucune barrière n’est infaillible. Les attaques par hameçonnage, les vulnérabilités logicielles non corrigées, les insiders malveillants ou négligents, et même les erreurs humaines peuvent permettre à un attaquant de franchir les défenses traditionnelles. Une fois à l’intérieur, sans contrôle strict, il lui est souvent possible de se déplacer latéralement, d’exfiltrer des données ou de compromettre d’autres systèmes.
Adopter cette logique de défiance constructive ne signifie pas être fataliste : cela permet au contraire de construire une défense en profondeur et plus résiliente. En effet, en considérant chaque requête comme suspecte par défaut, on met en place des contrôles de sécurité multiples, complémentaires et continus. Ces mesures réduisent la surface d’attaque et limitent les dommages même en cas de brèche initiale.
Cette approche est particulièrement pertinente pour les entreprises africaines, confrontées à la fois à la montée des cybermenaces et à des environnements IT hybrides mêlant anciens systèmes, cloud et mobilité. Adopter une philosophie Zero Trust, c’est reconnaître ces réalités et y répondre de manière proactive, avec une vision stratégique adaptée à nos contraintes locales.
Premier principe clé : La vérification explicite (authentification multi-facteur et contextuelle)
Au cœur de la démarche Zero Trust se trouve le principe de vérification explicite. L’idée est simple mais puissante : aucun accès ne doit être accordé sur la base d’une confiance implicite ; chaque tentative doit être validée par des preuves concrètes et vérifiables.
La vérification explicite repose avant tout sur l’authentification forte. L’authentification multi-facteur (MFA) est aujourd’hui considérée comme un standard minimal : elle combine plusieurs éléments (mot de passe, code OTP envoyé sur un téléphone, empreinte biométrique) pour s’assurer que l’utilisateur est bien celui qu’il prétend être. Cette pratique réduit considérablement les risques liés au vol ou à la compromission des identifiants.
Mais l’approche Zero Trust va plus loin en promouvant une approche contextuelle de la vérification. Il ne s’agit pas seulement de confirmer l’identité de l’utilisateur une fois pour toutes : il faut prendre en compte le contexte précis de chaque requête. Cela inclut des facteurs tels que l’emplacement géographique, le type d’appareil utilisé, l’heure de la connexion ou le niveau de sensibilité de la ressource demandée. En cas d’anomalie ou de contexte inhabituel, des contrôles supplémentaires peuvent être exigés.
Cette granularité permet de limiter les accès non autorisés même en cas de compromission partielle. Par exemple, un utilisateur légitime qui se connecte depuis un lieu ou un appareil inhabituel pourra être bloqué ou soumis à une authentification renforcée. De même, l’accès à des données sensibles pourra nécessiter des autorisations spécifiques ou des approbations supplémentaires.
Cette vérification explicite est la première ligne de défense d’un modèle Zero Trust : elle impose une discipline stricte et intelligente pour s’assurer que seuls les utilisateurs légitimes, dans les conditions appropriées, accèdent aux ressources de l’entreprise.

