La montée silencieuse des faux experts

Comment sécuriser les projets et reconnaître les vrais experts ?

Face à cette confusion ambiante, les dirigeants africains doivent renforcer leur capacité à discerner les compétences authentiques. Le numérique est certes devenu une priorité transversale, mais son pilotage ne peut reposer sur de simples intuitions, postures ou effets d’aura. Il s’appuie sur une expertise construite à l’intersection de plusieurs disciplines : systèmes d’information, stratégie d’entreprise, conduite du changement et gouvernance organisationnelle.

Un expert en transformation digitale se définit moins par son éloquence que par sa capacité à formuler une vision claire, élaborer des trajectoires de transformation cohérentes et orchestrer leur déploiement dans des contextes complexes. Ce profil est fondamentalement pluridisciplinaire. Il maîtrise l’art du dialogue avec les directions métier, comprend les contraintes techniques, anticipe les impacts humains et assure la pérennité des changements initiés.

La vérification du parcours constitue un point de vigilance essentiel. Les expériences passées doivent démontrer une exposition concrète à des projets transverses, idéalement menés dans des contextes similaires à ceux de l’organisation ciblée. Au-delà d’un simple titre ou d’une certification, il s’agit de prouver une capacité réelle à produire des résultats tangibles. Cette démonstration passe par des références vérifiables, des cas d’usage documentés et des livrables de qualité.

Par ailleurs, un expert crédible fait preuve de recul critique. Plutôt que de proposer des solutions standardisées, il élabore avec ses interlocuteurs une réponse sur mesure, adaptée au contexte spécifique. Cette approche tient compte des ressources disponibles, des risques identifiés et des résistances potentielles. C’est précisément cette posture d’humilité stratégique, combinée à une rigueur méthodologique, qui caractérise les véritables professionnels de la transformation digitale.

La transformation digitale ne peut être réduite à une tendance à suivre ni à une étiquette à revendiquer. Elle constitue une démarche exigeante, qui engage la structure même des organisations, interroge leurs modes de fonctionnement, mobilise des compétences transversales et impose une rigueur stratégique de bout en bout. Laisser prospérer des profils non qualifiés dans ce champ, c’est non seulement exposer les projets à l’échec, mais affaiblir durablement la confiance dans la capacité du numérique à produire de la valeur.

Face à cette montée silencieuse des faux experts, les entreprises et institutions africaines n’ont d’autre choix que de réarmer leur vigilance. Cela passe par une reconnaissance claire des signaux d’expertise réelle, une structuration rigoureuse des processus de sélection, et surtout, un investissement fort dans la formation des dirigeants. Car c’est au sommet que se joue l’alignement entre ambition numérique, qualité d’exécution et impact durable.

Le véritable enjeu ne réside pas seulement dans la maîtrise des outils ou des méthodologies. Il réside dans la capacité à construire, au sein des organisations africaines, une culture du discernement numérique. Une culture qui valorise la compétence sur la communication, la profondeur sur l’apparence, et l’éthique professionnelle sur la simple capacité à séduire. C’est à ce prix que la transformation digitale cessera d’être une promesse pour devenir une réalité maîtrisée, adaptée et porteuse de souveraineté.

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