À Bamako, comme dans de nombreuses capitales africaines, le livre peine encore à trouver sa place dans le quotidien des enfants. Faible accès aux bibliothèques, rareté des ouvrages jeunesse en langue locale ou française, manque de valorisation de la lecture à l’école comme à la maison : autant d’obstacles qui freinent l’éveil intellectuel, la réussite scolaire et l’épanouissement personnel des jeunes générations. Face à ce constat préoccupant, un projet audacieux émerge : FestiLire, un festival pas comme les autres.
Conçu comme un événement éducatif, culturel et participatif, FestiLire ambitionne de réenchanter la lecture en la plaçant au cœur de la vie sociale et scolaire. En transformant le livre en objet de plaisir, de découverte et de partage, ce festival s’attaque à l’un des défis majeurs de l’éducation au Mali : réconcilier les enfants avec la lecture pour leur ouvrir de nouvelles perspectives d’apprentissage, de créativité et de citoyenneté.
Loin de se limiter à une célébration ponctuelle, FestiLire se veut le point de départ d’un véritable mouvement durable autour de la lecture. Cet article propose de comprendre les fondements de cette initiative, d’analyser ses leviers d’action et d’en dégager les perspectives stratégiques pour l’avenir éducatif de Bamako.
Un système éducatif fragilisé par un accès limité à la lecture
Dans de nombreuses familles bamakoises, les livres sont encore perçus comme des objets lointains, réservés à l’école ou aux examens, rarement associés à une source de plaisir ou d’imaginaire. Cette représentation s’explique par plusieurs facteurs structurels : le coût élevé des ouvrages, leur disponibilité restreinte, et l’absence d’espaces de lecture attractifs pour les enfants. Les bibliothèques publiques sont peu nombreuses, souvent peu adaptées au jeune public, et ne répondent pas aux besoins pédagogiques ou ludiques d’une jeunesse avide de contenus accessibles et inspirants.
À cela s’ajoute une prédominance de l’oralité dans les modes de transmission du savoir et de la culture au Mali. Si la tradition orale est un puissant vecteur d’identité et de lien intergénérationnel, elle coexiste difficilement avec une pédagogie centrée sur l’écrit. L’enfant est rarement incité à explorer les livres en dehors du cadre scolaire, ce qui freine son autonomie, sa curiosité intellectuelle et sa familiarité avec la langue écrite, notamment le français, langue de l’enseignement.
Ce déficit d’exposition à la lecture n’est pas sans conséquences sur les parcours scolaires. Dès les premières années du primaire, les difficultés de lecture ralentissent l’apprentissage dans toutes les disciplines, compromettent la compréhension des consignes, et fragilisent la confiance des élèves. Cette situation alimente les redoublements, les abandons précoces, et in fine les inégalités sociales et territoriales dans l’accès à l’éducation de qualité.
Les enfants issus de milieux défavorisés sont les plus durement touchés : ils disposent de moins de ressources à la maison pour compenser les carences du système scolaire, et manquent souvent d’accompagnement pour développer des habitudes de lecture régulières. En l’absence de politiques publiques volontaristes pour promouvoir la lecture jeunesse, ces inégalités se creusent, compromettant à terme la capacité du pays à former une jeunesse instruite, autonome et actrice de son développement.

